Le Musée de Préhistoire d'Île de France

Le procès de l'Homme - Animal

crédit photo : Anne-Sophie Leclerc

     A quelques kilomètres de la forêt de Fontainebleau et dans un parc naturel aux roches millénaires caractéristiques de la région se dresse le musée de Préhistoire d'Île-de-France. Véritable forteresse d'extérieur mais ouvert au grand jour à l’intérieur même de ses murs, ce puit de science déborde de vestiges du passé. Fossiles, armes, embarcations, couteaux de silex et autres outils d'un autre âge ornent des présentoirs combles et attestent la richesse des collections locales.
 

    L'exposition du moment est dédiée à l'évolution. De multiples photographies de squelettes d'animaux contemporains, prises sur un superbe fond noir éthéré, dévoilent les héritages parfois surprenant légués par des ancêtres d'apparence bien différents. Cachés par la peau, les plumes, les écailles ou la fourrure, les milliers d'ossements parcourent les âges sans effacer les stades successifs d'évolution d'une espèce. Capturés par le célèbre mais funestement regretté éditeur Xavier Barral, ces clichés d'une grande sensibilité se muent désormais en témoins de la perpétuelle métamorphose de la nature. C'est dans le cadre de cette exposition que l'équipe de Polymnia a tenu aux visiteurs du musée le débat suivant : l'homme est-il un animal ?


    Le sujet nous avait été proposé par Mme Anne-Sophie Leclerc, directrice du musée qui nous a très chaleureusement accueillis lors de chacune de nos rencontres et sur une suggestion du docteur Jean- Baptiste de Panafieu, partenaire du musée et auteur de nombreux ouvrages dont son très apprécié Darwin à la plage. Une visite guidée personnalisée nous a été offerte par M. Jean-Luc Rieu lors de laquelle nous n'avons pu qu'admirer la passion des sciences de la vie qui animait chacun des membres de l'établissement.


    Nous nous sommes donc attelés à la tâche de déceler s'il résidait dans l'homme une part indissociable d'animalité. La question, abordée d'un point de vue biologique, sociologique et philosophique a vu naître un débat animé dont les arguments aiguisés ont contribué à l'alternance, dans l'esprit du public, entre la certitude et le doute.
Les plaidoyers ont vibré dans l’acoustique exceptionnelle de la grande salle d'exposition mais malgré les raisonnements irréfutables fusant des deux côtés de la barre, il fallait que le public vote et choisisse si l'homme devait ou non être considéré comme un animal. Par 61 voix contre 40, le jury d'un soir, rendant sa décision, a renvoyé l'homme à son état primaire, bestial, naturel, d'animal parmi les animaux.


    Après une courte mais non moins éclairante intervention de M. de Panafieu, nous avons échangé avec le public sur son expérience du soir, en tant que juge et qu'auditeur du débat. Ce moment succédant la représentation est toujours très agréables pour accueillir les différentes réactions et répondre aux questions soulevées par cette forme de conférence-débat quelque peu nouvelle aux yeux du grand public. Nous avons finalement terminé la soirée par un dîner parfaitement amical avec nos hôtes qui nous ont réellement soignés aux petits oignons durant l'ensemble de notre collaboration et que nous remercions une nouvelle fois pour les superbes moments que nous avons passés en leur compagnie.

 

     Sommes toutes, ce procès conceptuel nous aura apporté de nouvelles connaissances et poussé à des réflexions parfois jusqu'alors inexplorées. Nous auront redécouvert un monde mêlant sciences exactes et abstraites ; un monde rationnel et érudit qui se marie si bien avec l'éloquence. Et nous aurons sûrement aussi tous retenu ce trait de Pascal Picq : « L'homme n'est pas le seul animal qui pense mais il est le seul à penser qu'il n'est pas un animal ».