La Prison pour femmes de Versailles

Oratorium auprès des détenues 

9h du matin. Un dernier regard vers l’extérieur, tandis que nous nous préparons à passer les contrôles de sécurité. 
Ce jour-là, l’équipe de Polymnia s’apprête à pénétrer un monde trop oublié, stigmatisé : celui des prisons pour femmes. 

L’enjeu pour nous est de taille : permettre à des détenues de s’émanciper, de s’ouvrir, par le débat. Leur donner pour une fois l’occasion d’être écoutées. Leur apprendre à faire valoir leurs idées. 

Nous attendons quelques minutes dans une salle, tandis que la gardienne appelle les femmes qui se sont inscrites à notre atelier. Quelques minutes de silence, ou chacun se concentre, et tente de balayer les quelques inquiétudes de cette première fois. 

La porte s’ouvre : 6 femmes se tiennent dans l’encadrure. Trois d’entre elles nous saluent. Nous comprenons que nous devrons gagner la confiance des autres. 
Nous décidons de débuter la séance par des présentations. Nous commençons, avec un soupçon d’auto-dérision, afin de briser le mur qui semble s’élever entre nous. Quelques sourires esquissés, des langues qui se délient peu à peu. 
Elles se présentent ensuite tour à tour, nous parlent brièvement de leur vécu pour certaines, de leurs occupations quotidiennes pour d’autres. Le thème qui fait l’unanimité ? Orange Is The New Black. 

Une vingtaine de minutes plus tard, nous décidons d’entrer dans le vif du sujet. Débutent alors divers jeux construits autour de l’éloquence et du débat, que nous adaptons à chaque interlocuteur. Simples au début, afin que chacune puisse se lancer. Puis la difficulté augmente, comme la verve de certaines, visiblement heureuses de pouvoir laisser libres cours à leurs idées. 

La séance s’achève sur un vif échange d’idées entre deux d’entre elles, amorcé par un simple exercice d’argumentation. Entrainées, nous avons presque du mal à les arrêter, ce qui nous fait plaisir. Elles repartent avec le sourire, et chacune nous salue. 

9h, la semaine suivante. Plus aucune appréhension, mais plutôt une hâte certaine. La première séance avait surtout pour but de leur donner envie de parler, aujourd’hui nous voulons leur donner envie de débattre.  
Après quelques exercices d’échauffement, nous soumettons divers thèmes au vote, afin que nos graines d’oratrices puissent choisir le thème sur lequel portera le débat qu’elles tiendront, seules, la semaine prochaine. 
A l’unanimité, elles choisissent « le sens de la peine ».
Après quelques conseils de méthodologie, nous nous séparons pour aider chacune des deux équipes à organiser ses arguments. Les idées pleuvent : l’inspiration est là, comme l’envie de débattre de quelque chose qui les concerne directement. Nous les aidons à construire leur discours, par des conseils tant sur la forme que sur le fond. Il y a tant d’arguments qu’il faut les cadrer. Beaucoup nous impressionnent par leurs références, par exemple Magalie, qui s’inspire de Gaspard Koening pour construire son projet de prisons ouvertes.

La séance se termine, et nous demandons à chacune de s’entrainer durant la semaine, de  s’imprégner de leur discours, encore et encore. Jusqu'à ce qu’il devienne naturel et oral.  

9h, dernière séance. Nous faisons un dernier point avec chacune des équipes, et le débat commence. Nous sommes abasourdis. Les femmes timides de la première séance se sont envolées, laissant place à de véritables oratrices. Les discours s’enchainent, les équipes se répondent. Nous sentons même quelques pointes d’improvisation, parfois désinvolte, souvent pertinente. 
La séance s’achève, dans l’émotion pour notre part, et dans la fierté pour ces femmes, qui ont osé se dévoiler par la parole.