Le procès du traité de Versailles

La Ville De Plessis Robinson

A l’occasion du centenaire de l’armistice de la première Guerre Mondiale, la mairie du Plessis-Robinson a voulu revenir sur cet événement marquant de l’Histoire de France.

Nous lui avons donc proposé différents thèmes de procès historiques :

  • Les munitionnettes, ces femmes qui ont travaillé dans les usines de guerre entre 1914 et 1918, thème que nous avions déjà traité avec l’association RVTD et qui nous avait passionné (cliquez ici pour voir la vidéo).

  • L’assassinat du Duc de Sarajevo, et notamment la question de savoir si cet attentat a vraiment été à l’origine de la Première Guerre Mondiale, ou si celle-ci aurait éclaté quoi qu’il arrive.

  • La propagande et la censure pendant la Grande Guerre : celles-ci étaient-elles nécessaires dans cette guerre totale ou bien ont-elles déshonoré l’Etat ?

  • Le Traité de Versailles. A la fois parachèvement de l’armistice et souvent considéré comme une des causes de la Seconde Guerre Mondiale, il nous a paru intéressant de revenir sur cet accord.

C’est finalement ce dernier thème qui aura retenu l’attention de la Mairie. Nous nous sommes donc attelé au travail de recherche considérable qui précède tout procès historique. Le premier travail est celui de problématisation : il s’agit de trouver une thèse qui sera tout aussi attaquable que défendable. En effet, tout orateur de Polymnia qui se respecte refuse de monter sur scène si le combat est joué d’avance. Finalement, en concertation avec la Mairie, nous avons abouti à la problématique :

Faut-il renégocier le Traité de Versailles, notamment le montant des indemnités dont l’Allemagne doit s’acquitter ?

Petite précision importante, les débats auront lieu en février 1921, à l’occasion du premier paiement par l’Allemagne des indemnités de guerre ! Ainsi, seuls les arguments pertinents à cette époque  seront à la disposition de nos orateurs.

En plus d’une problématique, il nous fallait un cadre pour ce débat. Nous avons ainsi choisi de simuler une séance à la Société des Nations. (N.B. : cette séance n’a jamais existé et est purement fictive). Nous avons en effet pensé que cette structure, créée justement à l’occasion du Traité de Versailles était une des seules à avoir la légitimité et la neutralité pour décider d’une renégociation ou non.

 

Enfin, après plusieurs semaines de recherches historiques, de répétition, d’écriture de texte et de railleries entre l’équipe de la défense et celle de l’accusation, le procès était fin prêt.

Nous avons donc pris place en ce samedi 10 novembre 2018 au matin dans une salle de la Médiathèque Jean d’Ormesson. A l’intérieur, près d’une cinquantaine de Robinsonnais ont fait le déplacement, malgré le froid, et ne laissent plus aucune place assise disponible.

Pour ouvrir et présider la séance : Lloyd Georges, Premier Ministre Britannique à l’époque, nous rappelle le contexte historique du début de la Guerre jusqu’à la signature du Traité.

N.B. : cet orateur est le seul à être « neutre » durant ce procès. Il ne fait ni partie de l’accusation, ni de la défense, et a simplement pour but de donner les bases historiques au public afin qu’il comprenne les débats.

Distinction de l’orateur : punchline la plus poétique : Pour nous les traités ne sont pas qu’un bout de papier. Et puisqu'un stylo ne suffisait pas, il a fallu les signer avec nos fusils. Alors nous avons déclaré la guerre à l’Allemagne.

La séance ouverte, c’est John Maynard Keynes, premier témoin de l’accusation et économiste de renom, qui est appelé à témoigner. Ce dernier est un vif détracteur du traité, qu’il a dénoncé dans son livre Les Conséquences économiques de la Paix.

 

Pour lui répondre et défendre le Traité, Georges Clemenceau, qui a mené les négociations du Traité au nom de la France, prend la parole. Il rappelle les horribles souffrances qu’a connues la France et l’état désastreux du territoire, qui a abrité une grande partie des combats.

 

C’est alors aux avocats de prendre place au micro. En l’occurrence, il s’agit d’une avocate (petit anachronisme que nous nous sommes permis…) qui attaque frontalement le traité.

 

Du côté de la défense, c’est au tour de Monsieur Verheyden de défendre le Traité. Il rappellera la responsabilité de l’Allemagne pendant la guerre et ses agissements qu’il considère comme contraires à toutes les règles et coutumes de guerre de l’époque. 

Punchline destructrice : L’Allemagne emploie pour la première fois des lances flammes en 1916.

 

"Brûler vif ses ennemis, on se croirait revenu au Moyen Age. Bien que nos amis allemands ne semblent pas en apprécier l'architecture d'époque au vu du nombre d'obus qu'ils ont envoyé sur la cathédrale de Reims."

 

C’est enfin au dernier avocat de l’accusation de plaider, M. Gorce. A grand renfort de langue germanique, il nous sensibilise au risque de rancœur que l’Allemagne pourrait entretenir vis-à-vis de la France.

 

La défense, incarnée par M. Jagerschmidt, prend naturellement la parole en dernier. Il justifie tant bien que mal le montant initial de 226 milliards de Mark Or et nous confie un secret à la fin de sa plaidoirie :

"Je ne devrais pas vous en parler parce que le projet n’est encore qu’à un stade liminaire et top secret, mais j’ai un ami qui m’a parlé d’un projet de défense militaire fou qui, je vous l’assure, empêchera toute nouvelle tentative de Guerre mondiale par le Reich. La seule chose que je peux vous dire c’est que cet ami de confiance à l’origine du projet top secret s’appelle ... André Maginot
Voilà qui peut nous rassurer, si ce n’est pas déjà ce traité de Versailles qui fait de cette guerre la der des ders."

 

Monsieur Lloyd Georges clôt les débats et lance le vote, qui se fera à bulletin secret.

 

Durant le dépouillement, nous recueillons les remarques et critiques du public. Certains ont pris es notes et nous interpellent sur quelques détails historiques qu’ils semblent bien maîtriser. Notre attention est également attirée sur le fait qu’il est difficile de voter « comme si nous étions en 1921 »., en faisant abstraction des conséquences funestes que nous connaissons aujourd’hui.

Enfin, après comptage des voix, les résultats tombent :

31 voix pour la renégociation

19 voix pour le maintien

 C’est donc une victoire pour l’accusation (qui ne manquera pas de rappeler leur défaite aux orateurs de la défense à chaque fois que l’occasion se présentera).

Mais au-delà des résultats, tous les orateurs sont satisfaits du spectacle offert au robinsonnais. Un dernier échange informel se fait d’ailleurs avec eux, peu avant de devoir quitter la salle. Tous ont appris des choses et passé un bon moment, ce qui est notre but principal.

Nous les informons également de l’organisation d’un Oratorium quelques semaines plus tard, au même endroit, où ce sera à eux de prendre la parole…